La Ballade du Sans-dent

Auteur : Yves Abramovici

LA BALLADE DU SANS-DENT

De l’univers entier la vision dantesque
Ne cesse d’ébranler nos croyances d’humains
Le mal rôde et progresse et dessine la fresque
D’un Jugement Dernier où les hommes sont nains,
Les princes sont petits, les virus gigantesques
Alors chacun se dit, doutant du lendemain
Dedans cet univers fermé, cauchemardesque:
Nous sommes tous des Pangolins.

Quand le sommeil met fin à mes soirées livresques
Et du confinement excède les confins,
Je fais souvent ce rêve étrange et pittoresque:
Si nous nous réveillions du côté de Pékin,
Si dans la nuit de Chine aux ombres rembranesques,
Venait un écailleux,- un sans-dent mais bec-fin -,
Humer le bégonia, nous soupirerions presque:
Nous sommes tous des Pangolins.

Une chauve-souris gourmande et romanesque
Viendrait de l’écailleux partager le festin,
Loin des forfanteries de savants ubuesques
Prompts sur ces animaux à cracher leur venin.
Que nous chantent en chœur leurs papiers pédantesques ?
«Sus au virus pangolino-calvimurin!»
Face à ces noirs soupçons abracadabrantesques,
Nous sommes tous des Pangolins

Princes, juger sur un soupçon serait grotesque,
Vouer aux gémonies la roussette aussi vain
Que crier haro sur la gent pangolinesque :
Nous sommes tous des Pangolins.



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